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18 mars 2016

Quand ça n'en finit plus de finir

Je n'ose  même plus compter les articles publiés ici pour dire que cette fois, ça y est, on a tourné la dernière page, coupé les derniers fils , terminé les dernière démarches qui nous retenaient encore ou nous laissaient croire qu'on pouvait à tout moment annuler la décision et revenir sur la banquise. 
En vrai, on a toujours été parfaitement OK avec ça et quand le camion a tourné le coin de la place plein de notre vie encartonnée, on savait qu'on avait fait le bon choix et que ces années de banquise étaient désormais derrière nous, lumineuses et riches de tous les liens tissés que nous allions emporter avec nous. On aurait quand même pu se douter que la page ne se tournerait jamais vraiment, puisque la moitié de "nous" - je devrais d'ailleurs dire d'ailleurs la totalité de " nous " s'est construite sur la banquise.  D'ailleurs,  nous restons la famille Pingouin, et la migration n'a pas fait fondre la banquise. C'est certainement ce qui explique que nous sommes toujours surpris de constater que l'image qui nous vient en tête à chaque nouvelle étape franchie soit celle d'un dernier lien qui se détache . 
Comme si nous avions encore à nous " détacher" ... C'est étrange.  Nous sommes liés à nos amis par des noeuds invisibles et si solides que rien ne les défera jamais, néanmoins, matériellement, c'est bien à Pau que nous vivons désormais et nous y sommes heureux.

Alors pourquoi cette drôle de réaction à la vue hier du mail du rectorat : " Vous avez obtenu votre mutation dans l'académie de Bordeaux" ? 

C'est une bonne nouvelle:  cela signifie que je vais pouvoir retravailler l'an prochain, et pas forcément à deux heures de route de chez moi ( quoique ...  ce n'est pas si sûr). Il est certain que j'aime ces temps de parenthèse que je consacre aux enfants et à notre famille, mais j'avoue m'y sentir un peu à l'étroit au bout d'un moment -  Les enfants ont poussé à l'annonce de la nouvelle , un ouf de soulagement général ... #enfinlibres ! Les ingrats - . 
Mais c'est également un nouveau lien qui se détache, l'aventure Turgot n'aura duré qu'une toute petite année, et  je dois une fois encore renoncer à voir écrit à coté de mon affectation : "à titre définitif ". 
Je repars probablement pour quelques temps de nomadisme professionnel. Je sais bien  que j'y survivrai que je m'enrichirai de nouvelles rencontres et de nouvelles expériences,  mais honnêtement, j'aimerais pourvoir m'installer enfin quelque part,  regarder cette réforme bien en face et voir ce que je peux en faire " en vrai" puisque de toutes façons nous n'aurons pas le choix.

En attendant, je vais continuer de me documenter pour essayer de trouver les réponses aux questions qu'elle me pose ... Et ça, c'est pas gagné #jedoisetreunetruffe. 

12 mars 2016

Celui qui voulait travailler et celle qui avait la foi

 Attention, post long, ennuyeux de prof qui râle et qui va me valoir un point rouge sur ma fiche pédagogique .



Depuis toute petite je sais que je veux devenir enseignante. 
D'aussi loin que je me souvienne, je sais que je veux  enseigner le français. C'est  LA matière où on apprend comment est construit le langage, où on découvre que tout langage est le tissage d'une pensée, d'une idéologie, d'un univers. La maîtrise du langage écrit et oral, c'est pour moi la clé de la liberté. 
Plus tard,  j'ai cru comprendre  la belle et ambitieuse mission de l'école : former des citoyens. De vrais citoyens,  des gens cultivés,  capables de penser par eux-mêmes, libres, et en mesure de comprendre le fonctionnement de leur société, d'avoir des idées pour la faire avancer  et de voir plus loin que leur intérêt personnel, de prendre des décisions et de les assumer . 
Et je trouvais ça formidable que chaque enfant puisse recevoir ce bagage même si sa famille ne lui proposait pas, et je voulais participer à cette aventure. Ce serait ma façon à moi d'être citoyenne. 
Par ailleurs , dans ma famille j'avais appris à regarder les gens au-delà des apparences, je savais pouvoir compter sur ma capacité à toujours chercher à comprendre les chemins intérieurs de l'autre , et à valoriser chez lui  tout ce qui pouvait l'être. Je pensais que je saurais regarder mes élèves avec bienveillance, et  que je chercherais toujours à les faire progresser,  ce serait ma façon à moi d'être chrétienne dans le monde , sans brandir l'étendard de Jésus-Christ. 

Voilà , c'est , je crois ce que l'on nomme " une vocation". 

Alors,  y a 20 ans, quand j'ai commencé à travailler  j'ai sauté , avec tous mes idéaux, dans le train de la réforme du français: les séquences, les méthodes déductives, tout ça. L'idée en gros c'était de conduire les élèves sur un chemin de découverte , de donner du sens à ce que nous faisions . 
La grammaire, l'orthographe, ne sont que des outils, qui n'ont d'intérêt que si l'on s'en sert et qu'on sait à quoi ils servent. Observons les dans leur milieu naturel, les textes, utilisons-les nous comprendrons ensuite seulement comment ils fonctionnent. 
D'aucuns criaient déjà au scandale, protestant qu'on "nivelait par le bas" , qu'on "enseignait au rabais". 
Je ne me suis pas posé de questions . 
J'ai décidé de trouver ça génial . Et exigeant. 
De toutes façons à l'IUFM ( oui, en vrai,  ça fait un peu plus de 2 ans ) on ne nous a jamais dit que ça pouvait être autrement. 

Quand on a parlé d'hétérogénéité , j'ai décidé que c'était génial. 
Quand on a parlé d'aide individualisée, j'ai décidé que c'était génial. 
Quand on a  parlé de classes pupitres, j'ai décidé que c'était génial. 
Quand on a parlé d' IDD, j'ai décidé que c'était génial ... 
Je ne continue pas la liste. 
Je suis une bonne petite prof bien obéissante, qui décide de trouver génial tout ce que nous pondent les pontes - ils ont fait plus d'études que nous n'est-ce pas? Ils lisent des tas de rapports et utilisent des mots compliqués - Moi je n'ai que quelques années d'expérience, et surtout un public très particulier ( heu .... hétérogène ) . Et comme je suis plutôt positive, je lis les nouvelles directives, je trouve que sur le fonds elles ont le mérité d'être généreuses et ambitieuses, même si très idéalistes,  je me trouve une collègue ou deux  et ensemble, on fait de notre mieux pour appliquer les nouvelles directives. 
Jusqu'à maintenant. 
Parce que cette fois-ci j'ai du mal à suivre. 
Je n'arrive pas à trouver quoique ce soit d'ambitieux et de  généreux à cette nouvelle réforme. 
Peut-être en partie  parce que maintenant mes enfants sont concernés et que finalement  l'égalité que je défends pour eux n'est pas la même que celle que je défends pour mes élèves. 
Peut-être en partie aussi  parce que je vieillis et que je peine à me remettre en question. 
Tout cela est possible. 
Pourtant, je suis convaincue qu'il faut enseigner autrement, qu'il faut chercher d'autres chemins pour rejoindre les jeunes auxquels nous nous adressons quelque soit leur niveau scolaire et quelque soit le milieu d'où ils viennent parce que la majorité d'entre eux s'ennuie au collège. 
Je suis convaincue qu'il faut d'autres façons d'évaluer, parce que nous réduisons les enfants à une performance scolaire qui ne reflète pas leur personnalité et ne les prépare pas non plus à la "vraie vie d'aujourd'hui". 
Je suis convaincue que nous devrions d'avantage encourager et valoriser pour développer la créativité et la confiance en soi nécessaire à toute réussite scolaire. 

Mais je suis convaincue aussi que le chemin qu'on nous propose n'est pas le bon. 
Pour que tout le monde ait accès à tout sans élitisme ni distinction , puisque c'est de ça dont il est question, il faut réduire ce tout à sa portion congrue de sorte à ce que nul ne soit frustré, ou bien proposer TOUTES les langues et TOUTES les options  dans TOUS les collèges. Il  me semble que notre ministre ait opté pour la première option. 
Certes en baissant la hauteur de la barre à franchir, on permet à un plus grand nombre de sauter l'obstacle,  mais on ne sait pas alors quel est le nombre de ceux qui avec plus d'entraînement auraient pu aller encore plus haut. C'est pourquoi je préfèrerais qu'on ne change pas l'objectif de la hauteur à atteindre, mais qu'on change de méthode pour aider  chacun à s'en approcher le plus possible. Même si c'est plus long. Et plus coûteux . Mais non, la réforme du collège n'est pas une réforme économique. 


Dans l'établissement de notre Collégien du moment,  l'année prochaine, en 4ème, on doit commencer une LV2 , - espagnol ou espagnol - ,  et  on PEUT  choisir UN SEUL enseignement complémentaire. C'est écrit en gros. 
On doit donc cocher celui qu'on fait déjà en cinquième si on en fait déjà un : latin OU Cham OU espagnol OU SS Rugdby OU SSBasket. 
Il sera reconduit automatiquement.
On remarque au passage que la section européenne sera supprimée automatiquement. 
Dans la liste suivante, il y a SSRugby ( sélection) OU SSbasket(sélection)  OU latin ... mais si on a déjà coché en 1, on ne peut plus cocher en 2 . 

Finalement, 
TOUS les élèves de cet établissement peuvent  apprendre l'espagnol.
TOUS les élèves de cet établissement peuvent  apprendre le latin 2h par semaine en 4ème  - sauf  ceux qui font déjà de la musique ou du sport. 
QUELQUES élèves de cet établissement ( ceux qui seront sélectionnés, 60 maxi ) pourront bénéficier d'un enseignement intensif de basket ou de rugby, mais pas de musique ni de latin. 
QUELQUES élèves de cet établissement ( ceux qui sont venus pour cela) pourront bénéficier d'un aménagement d'emploi du temps pour pratiquer la musique au conservatoire , mais pas de sport ni de latin. 
AUCUN élève de cet établissement ne peut apprendre l'Allemand. 
AUCUN élève de cet établissement ne peut bénéficier d'un enseignement renforcé en langue. 

Donc, dans cet établissement, on offre à chacun le choix d'UNE option. 
"Un chacun", c'est ce que je dis à mes enfants quand il faut partager un paquet de gâteaux ou une tablette de chocolat . 
"Un chacun", c'est ce dont il ne faut pas abuser parce que c'est un peu exceptionnel ou parce qu'il n'y en n'a pas assez pour tout le monde .
Il faut partager, on est bien d'accord, c'est une valeur importante à enseigner à nos enfants. 

Mais a-t-on le droit de  partager l'accès au savoir? 
La connaissance diminue-t-elle  si on la partage? 
Si un enfant choisit de faire de la musique ET du sport ET du latin ET de l'anglais, je conçois que ça puisse avoir du mal à tenir dans son emploi du temps, et qu'il faille modérer son appétit , mais je ne vois pas en quoi son choix peut léser ses camarades. On est bien d'accord, madame la ministre, la réforme du collège n'est pas une réforme économique. Si de nombreux élèves veulent faire la même option, hé bien soit ils se tiennent tranquilles afin qu'on puisse travailler dans de bonnes conditions à nombreux, soit on trouve des heures supplémentaires. C'est simple . Et cher. 

Cette réforme me met en colère, et plus encore elle me rend triste, parce qu'elle fait croire que les sections prétendument "élitistes" étaient réservées aux meilleurs élèves, choisis par les profs parmi les plus gentils et les plus performants.  Mais c'est faux. Dans chaque collège où étaient proposées une section bilangue, européenne, musicale, sportive, scientifique, du latin, de l'allemand en première langue  et que sais-je, chacun pouvait y prétendre. Et parfois, les demandes dépassaient les capacités d'accueil. Alors si on ne pouvait pas choisir d'augmenter les effectifs, il fallait choisir les élèves. Ca ça pouvait conduire à l'élitisme. 
En obligeant chaque collège à faire des choix dans les enseignements proposés, on les oblige aussi à renoncer à la mixité qui découlait naturellement de la diversité des enseignements proposés, parce que ceux qui le pourront iront chercher leur bonheur ailleurs. 
Ainsi , dans l'établissement du PingouinCollégien certains enfants sont scolarisés en France pour la première fois , d'autres sont en ULIS , d'autres encore pratiquent la musique depuis l'âge de 7 ans, il y en a aussi qui sont de grands  sportifs , et beaucoup sont "juste normaux ". C'est notre collège de secteur, et la diversité des élèves qui le fréquentent fait justement à nos yeux sa force. Notre pingouinCollégien a la chance d'y retrouver des enfants qui sont très différents de lui,  selon les enfants qu'il rencontre, il se sent chanceux ou malheureux, et il apprécie cette diversité. Il nous semble que là est vraiment l'école de la vie. 
Oui mais, notre PingouinCollégien est aussi celui qui veut tout savoir, tout apprendre, tout découvrir . et il est prêt à pratiquer la musique en plus de ses heures d'école pour pouvoir découvrir des choses que nous ne lui apprendrons pas à la maison. Il rêve d'apprendre le latin et désire consacrer  plus temps  à  apprendre l'anglais. Il aime apprendre et travailler, alors ce matin il est allé visiter un collège privé où on lui propose de l'anglais "plus", de l'espagnol , du latin et des EPI qui sont baptisés " challenges". 
Il se déclare prêt à changer de nouveau d'établissement pour contenter sa soif de connaissances, au détriment de la diversité des rencontres qu'il fera, et nous accompagnerons ce désir s'il doit devenir son choix au détriment de nos convictions premières. 
Voilà, moi qui suis une fervente disciple de l'école publique parce qu'elle garantit l'égalité des chances, et favorise la mixité sociale, moi qui ris quand on me déclare le niveau " meilleur " dans le privé que dans le public en faisant fi du sacro-saint "Niveau",  je m'apprête une fois encore à changer mon fusil d'épaule pour l'un de mes Pingouins. Au motif cette fois, qu'il a le droit comme tout enfant de satisfaire à l'école sa curiosité intellectuelle. J'ai la chance de pouvoir le lui offrir. Ce n'est pas juste pour tous ceux qui n'auront pas cette échappatoire. 
Je n'en suis pas fière. 



Mesdames et messieurs les Grands Décideurs de l'école, je ne comprends pas votre réforme, et je la crains. 
Où voulez-vous nous emmener? 
Est-il question de  proposer à tous seulement  ce dont tous sont capables pour que personne ne sente lésé? C'est généreux de votre part, mais avez-vous pensé à la frustration de ceux dont l'appétit de connaissance était plus grand et que leurs familles ne pourront rassasier? 
Voulez-vous simplement  réduire les dépenses liées à l'éducation de nos enfants en réduisant les heures d'enseignement dispensé ? Je veux bien le comprendre,  mais  croyez-vous vraiment qu'on puisse apprendre et progresser sans y passer de temps, et que sans culture et sans savoir on puisse devenir un citoyen avisé et responsable ? A moins que vous n'ayez renoncé aux belles et grandes ambitions de l'école pour tous? Celles-là mêmes sur lesquelles vous m'avez interrogée avant de m'accorder le droit d'enseigner ... Ce n'est plus aussi important soudain? 
S'agit-il de remédier à l'ennui des élèves pour les remotiver? Je suis partante, mais alors pourquoi leur proposer des cours de rien? Pourquoi ne pas simplement nous offrir  des formations qui nous permettraient de changer notre pédagogie et notre approche des élèves? Je ne sais pas moi, donnez-nous la chance, à tous, d'apprendre comment fonctionne le cerveau d'un enfant, parlez-nous des intelligences multiples et de la manière de les mettre en valeur, donnez-nous des cours d'éducation positive. Enseignez-nous la coopération et je suis sûre que sans changer les dispositifs en place, nous saurons en tirer le parti nécessaire pour tirer chacun vers le haut. Ca ne vous coûtera pas plus cher que les (dé)formations inutiles auxquelles vous nous contraignez cette année.   
Mesdames et Messieurs les Grands décideurs de l'école, quand je regarde la réforme que vous nous imposez, cette fois-ci,  permettez moi de douter de vos intentions, avant de douter de ma vocation.  

Votre infidèle et néanmoins dévouée serviteuse. 








26 avril 2015

Révisions

Mercredi, une fois n'est pas coutume,  j'avais quelques deux heures  à tuer entre l'examen de solfège et celui de Clarinette ... A la vérité, j'avais surtout une flemme monstrueuse , et aucun courage pour faire les quatre allers-retours, j'ai donc imposé à ma tribu de rester sur place en attendant l'examen au lieu de rentrer se prélasser à la maison pendant que je repartirais avec le seul pingouin concerné par l'examen. Faire attendre trois personnes pendant deux heures, pour en écouter une seule pendant cinq minutes, par flemme. Je sais c'est mal. 
Pour me racheter une conscience, j'avais décidé que la médiathèque serait le théâtre de notre attente, je ne croyais pas si bien dire. 
Pour une fois ce ne sont pas mes Pingouins qui ont fait le spectacle.  Ils se sont , comme toujours à la bibli , très bien tenus : roulés en boule sur les fauteuils, les genoux dans le tee-shirt, les souliers sur l'assise du siège, et une pile de livres posés à côté d'eux, ils sont restés plongés dans leur lecture jusqu'à l"heure de partir. 

En fait de théâtre, c'est moi qui ait assisté à un sketche parfait. Ayant quelques copies à corriger, j'avais emporté mon cartable et avais envisagé d'y employer ces deux heures. Ce qui me paraissait raisonnable pour une toute petite interro de lecture. C'était sans compter sur les deux lycéennes qui me faisaient face. 
Je n'ai pas vraiment réussi à comprendre pourquoi elles étaient venues ... Réviser le bac je crois. 
Enfin, l'une tenait un cahier avec des tas de formules compliquées et semblait décidée à écrire des choses dans un petit classeur vert. Elle disait des mots comme Kant, Raison, liberté ... Je n'ai pas bien compris si elle révisait les maths ou  la philo. En tous cas elle semblait avoir remarqué que les philosophes sont souvent de grands mathématiciens. 
Sa voisine quant à elle se demandait qui était Maozédongue, elle n'était plus très sûre ... Chinois ou japonais? Il avait, fait des trucs bien, bon, elle ne savait plus trop quoi, mais c'était bien, elle en était sûre. Ah, ouais, il avait créé la République Populaire de Chine. Finalement,  elle savait bien qu'il avait créé un truc, les mecs qui créent des trucs en général, c'est des mecs bien. 
Ensuite, elles ont mangé une banane, et la dame de la bibliothèque leur a fait signe avec la main de ranger leurs bananes. 
Et puis elles ont décidé de faire un sujet de philo. La copine de Maozédongue qui était en L a entrepris d'expliquer à sa voisine qui était en S en quoi consistait le commentaire de texte : "C'est vachement dur, le prends pas, y a tout le monde qui se plante. Tiens regarde celui-là. Attends. non mais ça veut dire quoi ça ? C'est qui qu'a écrit ce truc? Kant? J l'aime pas lui, c'est mort. Attends, on en cherche un autre. Au fait toi l'espagnol c'est coef combien? Tu veux que je te fasse réviser? 
Allez on fait ce sujet. Montre voir ton cahier.  Han ! T'as que ça comme cours ? Ben laisse tomber c'est mort . T'as trop de lacunes, j'peux pas t'esspliquer. T'as qui en Espagnol? C'est mort, j t'e dis, c'est mort."
Ensuite, la scientifique a essayé de relire ses fiches, mais elle ne savait plus très bien où elle en était. 
Alors elles ont repris un sujet de philo. Mais l'auteur du texte à commenter, Freud, les a assez rapidement saoulées. Elles ont nexté. Pour se concentrer sur les maths. Jusqu'à ce que mademoiselle L, se souvienne qu'elle ne faisait plus de maths depuis deux ans, étant donné que cette épreuve ne fait pas partie de son cursus. 

Pour finir elles ont admiré les enfants qui lisaient, trop mignons, et se sont perdues en conjectures sur le nombre de leurs futurs enfants et les heures qu'elles envisageaient de passer en bibliothèque avec eux. Là je crois qu'elles étaient à fonds dans les probas. 

En même temps, à ma gauche, se jouait un ballet à peu près identique entre deux élèves de première qui essayaient de comprendre l'expression " descriptif pour le bac ". Et de l'autre côté trois garçons qui gloussaient comme des dindes ( oui, les dindes ça glousse)  en révisant l'histoire-géo ... 

Si je n'ai pas beaucoup avancé mes préparations, j'ai tout même réussi à corriger un paquet de copies, et surtout mené une étude anthropologique et sociologique  approfondie sur la fréquentation de la bibli le mercredi après-midi au mois d'avril.  
Ca sent le bac blanc. 
Mauvaise que je suis, je n'ai pu m'empêcher de penser que c'était pas gagné cette histoire  ... et puis j'ai compris tout à coup qu'en fait, elles avaient vraiment bien bossé ces deux là . Elle n'avaient sorti le portable que deux fois en deux heures ... 
Elles étaient à fond. Du moins est-ce ainsi qu'elles se sont auto-congratulées, en se levant pour partir vers 16H30.

Sur le coup j'ai pensé que leurs maman devaient être bien fières d'avoir des filles si sérieuses qui passent leurs mercredis après midi à la bibliothèque. Si elles savaient....

Et puis quand je suis rentrée à la maison et que j'ai raconté le spectacle auquel j'avais assisté , Jeanne a dit : " Ben normal quoi ! On fait exactement pareil nous. Le truc c'est que si t'as deux heures tu papotes pendant 1h45 et tu boucles le truc en 15 minutes à la fin "

Alors finalement, elles m'ont bien divertie, mais cela me rend  un peu triste : Elles étaient vraiment de bonne volonté, mais sans aucune volonté justement. 
La persévérance, n'est pas une vertu que nous savons enseigner. 



25 mai 2014

Tout petit


Au lycée des bisounours - si si, ça existe en vrai un lycée de bisounours. C'est un lycée où les Collègues  sont adorables, les Chefs sympas,  l'équipe de
la Vie Sco super et tout le Personnel à l'avenant. Même les élèves sont gentils - j'ai pas dit travailleurs , hein! Mes seconde se sont montrés bien plus assidus à commenter mes boucles d'oreilles que les textes que je leur ai présentés cette année. Gentils je vous dis . 
Mais je m'égare... Au lycée des bisounours donc avec tout cet amour qui se balade en liberté, fatalement y a des bébés qui poussent. 
Alors, j'ai réveillé Estelle qui s'ennuyait un peu. Elle a ( beaucoup) râlé pour la forme et puis elle a fini par s'y mettre ( parce que je suis encore plus têtue qu'elle. C'est kikikomande? Non mais! ) 
Et Voilà, de tout petits chaussons pour une toute petite fille. 

Chaussons souples en tissu. 
Patron piqué chez   " et moi alors dans tout ça? " il y a looooongtemps. 
Lainage et popeline à carreaux de chez Toto  à Cambrai. 

04 février 2014

Alors on danse ...

"M'dame ! M'dame ! Y a Alphonsine, elle m'a taguée.
- Alphonsine t'a quoi?
- Elle m'a taguée. De petite bavarde, m'dame ... Moi je dis spa bien,  faut pas s'moquer du physique des gens .... En plus elle m'a donné tout plein de gages à faire  ! "

D'abord, je dois danser la gigue, et arborer le logo, mais moi ch'sais pas danser la gigue.
- oui, mais tu as la bougeotte, ça doit revenir au même non?


 Ensuite m'dame, je dois dire merci à Alphonsine 
- Oui, mais cela ne t'autorise pas à sortir ton portable en cours ! 
- Mais m'dame, C'est hypra important, sinon il va m'arriver tout plein de catastrophes. Alleeeeez Siouplait, rendez mon portable, je jure que j'le refr'ai pu. 


 smiley merci Alphonsine


Md'ame? J'peux passer un message ?  Alphonsine a dit que les  dix personnes les plus bavardes de la classe m'd'ame, elles doivent passer au bureau à la récré. 
- m'enfin, tu sais bien que tu es quasiment la seule à causer dans cette classe, enfin désigne qui tu veux ... 
- Ben justement m'dame, les autres y zont déjà été tous punis. 
- Envoie qui tu veux alors, ou alors n'envoie personne. On peut continuer le cours maintenant ? 

- Hem ! Quel est ca papier qui se promène ? Allez, donnez le moi . Tout de Suite ! 
- Nan, m'dame, j'vous jure le papier là, spa sur vous. C'est Alphonsine qu'a dit que je dois prévenir les autres, et pis vous avez pris mon portable ... Nan, Nan, j'aurai pas fait un message pendant la classe. Hey , ch'suis pas folle moi hein m'dame , ch'f'rais jamais ça ! envoyer un message en cours ! nan mais pis quoi encore !!!

Je jure solennellement que je ne recommencerai plus jamais . Promis m'dame ! 



25 novembre 2012

La mère indigne

colle ses gamins devant la téloche avec une couverture et un bol de soupe pour corriger tranquille les copies qui doivent être rendues hier dernier délai, arrêt des notes oblige.
Le dimanche soir de folaïe ...

08 octobre 2012

Leçon de vocabulaire



 Post spécialement dédié à Marie ( et à tous ceux qui n'ont pas osé demander ce qu'est un "ouèche-ouèche")

Ouèche-ouèche : Orthographe incertaine, de l'arabe " waash" , "eh, quoi !. L'orthographe wesh-wesh se trouve également. ( En fait ce mot ne s'écrit pas, de nos jours, qui ECRIT ? )
Se dit d'un être humain, dont la taille menace d'approcher le mètre quatre-vingt, au visage plus ou moins boutonneux, qui se balade la tête recouverte d'une capuche et dont les bras interminables semblent attachés au fond des poches. Ce type d'être humain, en présence d'un de ses semblables hoche la tête, sort la main droite de sa poche, choque celle de son alter égo  en disant " wesh", comme  d'autres êtres humains disent " Bonjour, ça va? " . La main fera, éventuellement  un détour par la poitrine de son propriétaire avant d e retourner dans sa niche  poche, en fonction du degré d'intimité que son propriétaire partage avec l'interlocuteur.  
" Wesh", des études récentes tendent à prouver l'incroyable polysémie de ce mot dont le  sens est, semble-t-il,   étroitement lié à l'emploi contextuel ... " wesh" s'emploie pour " bonjour", " salut", "qu'est-ce qu'on fait? ", "Qu'est-ce qui se passe?", "c'est quoi ce b... ?"  .... 
Des observateurs avertis auront constaté qu'en certain milieu clos, mais néanmoins brassé, la population semble répartie selon des groupes d'appartenance très critèriés et non moins étanches. Ainsi,  le " wesh-wesh" s'oppose à "l'intello" bien qu'il ne soit pas exactement un " cassos*", sa version hard. Entre les deux, il existe le " juste normal"

*"cassos" : du français  " cas social" se dit d'un individu turbulent,fauteur de trouble  et non respectueux des règles de la vie en collectivité. Le" cassos" peut se montrer très agressif si on traite sa mère. Notamment.





Le ouèche-ouèche par excellence ... Enfin, la version estivale du ouèche-ouèche,  le ouèche-ouèche local porte plutôt une capuche  ...




La race ennemie du ouèche-ouèche : l'intello.




















Il joue avec l'audioguide  assis par terre au musée, c'est le cassos

Marie, t'es ok sur les Ouèche-Ouèche? 
Colo, t'as bien retenu la leçon ... Tu vas bientôt avoir interro.... Je dis ça. Je dis rien.... 




30 janvier 2012

Pas immortel

Le pingouin en chef me l'avait offert quand nous étions arrivés sur la banquise. Il me fallait, disait-il, un compagnon fiable fidèle et sérieux . Il l'avait choisi lui même, grand, costaud, élégant , mais pas trop lourd. Il m'a accompagnée toutes ces années, transportant sans rechigner manuels et cahiers, copies, livres et punitions, Stylos rouges, craies et feutres à tableaux. Souvent chargé de bien plus qu'il ne pouvait porter, pendu au  bout de mon bras gauche, me donnant bien souvent ce petit air penché et pressé propre paraît-il aux gens de ma profession  ... 
Il  avait fallu en changer les serrures qui s'ouvraient d'elles-mêmes avec les années, puis la poignée qui avait cédé sous le poids. Depuis une semaine, il donnait de sérieux signes de fatigue que j'ai négligés, pensant qu'il tiendrait bien encore  un peu, refusant de lui reconnaître un ,légitime,  droit à la retraite - après tout , il n'a pas tout à fait atteint les 15 ans réglementaires, et c'est même pas lui qui a eu Cinq enfants, non mais ! - Vendredi je lui ai imposé un paquet de copies supplémentaire, deux ou trois papiers et puis un manuel. J'ai négligé de bien le refermer parce que je pensais que pour traverser le couloir ce n'était pas nécessaire. Je lui ai demandé comme toujours de pousser la porte pour moi , puis de me la tenir. Ce qu'il a fait sans rechigner. Mais la serrure a cédé, et sous le poids, il s'est ouvert. Complètement. Carrément. Irrémédiablement. 
piteuse, j'ai ramassé son contenu répandu au sol, et me suis jurée de
1.  lui choisir un successeur plus petit  ...
2.  faire du tri dans mes papiers et de ranger mes affaires ...
3.  Prévoir un( des) autre(s) sac(s) pour les manuels/l'ordinateur/La  gamelle/les cables ...   - qui a dit un caddie à provisions ??? - 

N'empêche mon cartable est mort et je ne pensais pas que ça me rendrait si mélancolique, limite j'y vois comme un signe de la Providence ... travailler, est-ce bien raisonnable? 

01 septembre 2011

Zéro stress

Le beau temps que nous avons eu en Juillet m'a permis d'anticiper sur certaine réjouissance corvée usuellement réservée au mois de septembre ... 


Ca c'était fait. 
Nous avions aussi profité des températures estivales pour nous réchauffer en faisant un peu d'exercice.

 Ainsi, les jeux avaient-ils été triés et rangés, les sapeus qui ne serviront jamais impitoyablement jetés et  les chambres avaient retrouvé , du moins pour quelque temps , un aspect presque humain.  
Ca c'était fait. 

Restait plus qu' à attendre LE courrier . 
Un recto tout simple, paraphé de la main du recteur, qui devait nous apporter  l'espoir d'une année plus sereine ...
LA feuille est arrivée aussi  : d'abord le recteur m'a confirmé que j'étais bien nommée TZR à vie , affectation à titre définitif que ça s'appelle  - bonheur ;-(  Et que du 1 septembre 2011 au 31 août 2012, j'aurais la joie d'enseigner à deux pas de chez moi - et de retrouver mes copiiiiiiiiiiiiiines. Yess .
Ca aussi c'était fait donc. 

Restait plus qu'à profiter des vacances - ce dont nous ne sommes pas privés d'ailleurs - et à attendre sereinement la rentrée. 
J'adore le mois de septembre : trier mes affaires,voir ce que je pourrai garder et ce qu'il me faudra réinventer, faire des projets grandioses dont je ne réaliserai pas la moitié, me faire croire que j'arriverai à tout concilier mieux que l'an passé, que je vais gagner en rigueur, en sérieux et en patience, et puis rire en sachant pertinement que mes efforts seront vains, mais y croire un peu quand même ,  écrire sur mes cahiers tout neufs, acheter de nouveaux stylos, même si les anciens fonctionnent encore, sentir l'odeur de la colle et des gommes, imaginer le premier jour de classe avec mes nouveaux élèves, me jouer cinquante fois la scène dans ma tête et puis faire tout autrement le jour J
Pour être honnête, il me faut avouer que depuis que ce joyeux moment est multiplié par cinq, c'est un tout petit peu plus compliqué.  Il y a celui qui veut tout préparer à l'avance là tout de suite maintenant et qui s'inquiète déjà à l'idée qu'il va perdre sa carte de cantine, celle qui ne s'intéresse à  rien d'autre qu'à sa coupe de rentrée, sa tenue et ses souliers, celui qui a hâte de recommencer à travailler, celui qui fait comme si on était encore début juillet et celui qui compte les dodos sans école avec un mélange d'impatience et d'appréhension. 
C'est pour ça que j'aime rentrer un jour avant eux. 
Et puis ne pas travailler le jour de leur rentrée à eux. 
Alors cette année c'est tout comme j'aime. 
Je suis rentrée, j'ai retrouvé mes copines, fait connaissance rapidement avec de nouveaux collègues,  renoué avec quelques habitudes et je sais que les autres vont   revenir vite.  
Lundi je serai libre pour accompagner la Collégienne. 
Mardi pour le Collégien. 
Mercredi je rentre pour de vrai. 
Rentrée Zero stress. 

Je vous laisse, je vais ranger mon maillot de bain, faire mon cartable et  préparer une ou deux heures de cours, c'est mercredi quand même. 

31 mars 2011

le retour de la courgette

Ahem, ça faisait longtemps n'est-ce pas?

Alors ça se passe Chez Edouard,  - deuxième endroit de ma vie où on a une chance de me croiser , juste  après ma cathomob -  lundi matin, à 9heures. Non, on ne s'en fout pas, je vous rappelle que ce week-end on nous a volé une heure de sommeil, cette information est capitale pour ce qui va suivre. Non, non je ne me cherche aucun excuse.

Une dame : Madame, les pâtes, là, c'est deux achetées une  gratuite.
Moi, un peu perplexe. Je sais lire quand même. Enfin, je crois.  : Oui?
La dame, gentille : Ben vous en avez pris que deux paquets.
Moi , toujours perplexe, à part: J'en achète deux si je veux, qu'est ce qu'elle me veut celle-là encore ? souriant bêtement  Oui?
La dame , un peu condescendante  : Deux achetés, un gratuit, il faut en prendre trois madame.
Moi : Bas, gnié? haut ....
LA dame: insistant : Oui. Deux achetés, le troisième  gratuit, deux plus un trois. Pas deux.
Moi docile  : Deux plus un trois, oui.
La dame, vraiment condescendante à présent, limite elle va se pencher pour me parler et ensuite moucher mon nez :  Il faut acheter trois paquets si vous voulez profiter le la promo. Les pâtes ça  conserve bien, et puis ça part vite vous savez. Et là, elle a ajouté "mon petit", je ne suis pas certaine à cent pour cent, mais je l'ai entendu . Dans sa tête.  

J'ai mis un troisième paquet dans mon caddie, histoire de pas faire de cadeaux à Edouard, et pour rassurer la dame. Après tout, deux achetés un gratuit hein.  Que j'en aie besoin ou pas.

Mais qu'est ce que je me suis sentie bête.

A part ça?
Le nouveau collège, est loin . Vraiment. En même temps, cinquante minutes, pour beaucoup ce ne serait pas la mort ... Mais quel temps passé dans ma cathomob! Sans les enfants. Mais avec France-inter. Je suis hyper calée sur les horaires des programmes. Et puis mine de rien, je me tiens au courant de l'actualité. Et ça c'est plutôt une bonne chose.
Les collègues? L'administration ? Eh bien c'est bonjour Solange, comment ça va ? Ca se passe bien? Tu es contente? Si t'as besoin tu le dis. Surtout n'hésite pas.
Ben je vous jure, j'en suis presque gênée, je n'ai pas encore réussi à mémoriser le prénom de tous les gens sympas que j'ai croisés. C'est dire.
Les élèves sont hyper cools, pas une fois ils n'ont dit " avec madame Truc, c'était mieux", pas même :" madame Truc elle fait comme-ci, et encore  comme ça , gniagniagnia. "
Rien.
Rien de rien.
Quand j'écris au tableau, il m'arrive même de me demander s'ils ne se sont pas tous barrés en douce tellement ils sont sages.
Et quand je pose une question, c'est une forêt de doigts qui se lèvent.
C'est juste le bonheur .
Heureusement, parce que c'est tout de même quatre jours par semaine.
Mais pas le samedi .
Pas le samedi.
PAS LE SAMEDI !!!!!

12 mars 2011

Comme une fin d'année

Dans quelques jours, le remplacement que j'effectue actuellement au Lycée prendra fin. Je vis ces dernières heures avec la sensation qui m'est familière de bilan accompagné  de son éternel cortège de " et si "  et de " j'aurais du "  qui accompagne chaque fin d'année. Je regarde mes cours émaillés des post-its écrits au stylo rouge, trace de tous ces "et si " et "j'aurais du" que ma mémoire va effacer dès la page tournée.  Mais au lieu de me projeter dans ce que je ferai à la rentrée, et d'élaborer de nouveaux projets qui prendraient leur source dans les échecs de l'année,  je pense que cette fois-ci, il n'y aura pas de prochaine fois.
Je change d'établissement en cours d'année, je retourne au collège, et le programme sera nouveau en septembre et  je découvrirai  certainement un nouvel établissement à la rentrée prochaine et sans doute encore en cours d'année. Moi qui , enfant tombais malade à chaque changement de rythme, moi qui encore aujourd'hui déteste la nouveauté autant que je l'appréhende, je suis titulaire en Zone de remplacement. Désormais, Le changement, la nouveauté et la route feront mon quotidien . Un poste fixe ?  Il n'y en a pas en lettres, on en supprime plutôt.  Avec mon mi-temps, je suis juste bonne à boucher quelques trous.
L'avantage que je trouve à ce statut, c'est cette sensation de presque fin d'année alors même que l'hiver est encore un peu là. Ce temps qui est comme volé, cette petite jalousie que je sens chez mes collègues qui me trouvent chanceuse de quitter le lycée pour n'y point revenir en septembre. L'avantage aussi de pouvoir repartir de zéro avant d'avoir exploré tous les possibles du fiasco. Avantage, et certitude que là où je suis appelée, on a besoin de moi et qu'une moi , même au savoir et à la pédagogie vacillants,  c'est toujours mieux que personne, n'est-ce pas ?
Je suis la remplaçante, preuve vivante que nul n'est irremplaçable, et surtout pas moi.
Ce statut m'apprend l'humilité.

Ainsi,  mercredi je dirai Adieu à mes seconde au ballon rond. Je ne sais si je vais leur manquer, ou s'ils se souviendront de moi quand ,  un jour, on se croisera dans la rue. Plus tard.
Ils ont été pénibles, parfois; très pénibles souvent, et pourtant , je me suis attachée à eux. Certains vont même me manquer. Je crois.
Je regretterai aussi certains collègues vraiment sympas, et pourtant je quitte cet établissement presque joyeusement.
Contente de faire peau neuve ailleurs, contente de laisser derrière moi une ambiance souvent lourde et certains dysfonctionnement qui ont pesé sur notre quotidien familial.
Je repars confortée dans l'idée que je ne suis pas encore assez grande pour aller au lycée. Le programme de seconde m'a déjà bien stressée, et je n'imagine même  pas pouvoir préparer des élèves au bac . Cela me stresserait beaucoup trop . De même, je me suis découverte, moi qui ne peux prendre mon auto sans penser que c'est peut-être aujourd'hui que mon chemin va croiser celui d'un arbre ou d'un 33 tonnes, j'ai du prendre sur moi pour parcourir tous ces kms chaque jour. J'y  ai gagné en assurance. Je n'aime toujours pas conduire, mais au moins j'ai vaincu ma peur. Qui sait? un jour peut-être , j'arriverai à envisager de faire seule le trajet Denain/ Groux toute seule ? Après-tout, ce n'est que 600 kms, au lieu des 900 que je parcours chaque semaine ...

D'ici là je vais avoir encore le temps de me perfectionner un peu puisque mon nouveau remplacement se trouve à une distance équivalente ( = beaucoup de kms, à mon goût) mais de l'autre côté ... Je vais rendre visite à Sainte-Maxellande. ( Marrainehélène si tu vois ce que je veux dire ... )
Ironie du sort, je suis nommée sur un poste lettres-allemand, moi qui ai dû passer le latin en seconde langue au bac, pour que mon allemand ne fasse pas chuter mes notes. Heureusement, le chef d'établissement m'a rassurée " oh, vous savez, cela fait bien longtemps madame, qu'on n'enseigne plus l'allemand  ici "... Mais alors? On m'aurait menti ? L'allemand serait-il une langue morte?
Brefle, je remplace une dame qui part à la retraite, et qui faute d'allemand, et grâce à la CPA, travaillait à mi-temps, en lettres puisqu'elle était habilitée pour enseigner ces deux disciplines. J'ai bien l'impression que j'hérite de la meilleure sixième et de la meilleure 4ème du collège .
Bizarrement au lieu de me réjouir, cette information me stresse terriblement ...
A ce niveau là, on peut dire je pense que c'est pathologique !

06 septembre 2010

Sans doute


Il y avait le soleil, pour la dernière fois sans doute,
Il y avait ce pique-nique un eu improvisé avec les cousins,
Il y avait Marie qui avait pensé à l'anniversaire de Monsieur Dernier,
Il y avait la Princesse aux champignons qui en oublié de manger,
il y avait tous ces cailloux à jeter à la mère à Goriaux (mais c'est qui Goriaux? )
Il y avait Samulem qui s'étonnait que le terril ne le rappelle pas, et Côme qui a vu la mer ( on dit DE goriaux)
Il y avait cette surprise toujours de découvrir que finalement le Nord parfois c'est beau aussi.

Et tout à la fin du week-end, une fois les cartables prêts à reprendre du service, il y a eu la certitude que demain sera le premier d'une longue série de jours "plus à la maison", la certitude encore que ces trois ans n'ont pas été perdus mais offerts et savourés , la certitude qu'ils ont été trop courts et celle encore plus poignante que dix de plus ne m'auraient pas suffi pour aller au bout de mes rêves et de mes envies, pas plus qu'ils n'auraient suffi à faire de moi la maman que j'aurais rêvé d'être si ...
Alors soudain , et pour la première fois depuis que ma décision a été prise, j'ai vu les copies à corriger le dimanche, les cours à terminer dans l'urgence, le linge accumulé dans le panier, les kilomètres à parcourir , les devoirs à terminer et la musique à travailler . Et j'ai douté .

Et puis ce matin j'ai trouvé mes élèves pourtant tout neufs comme si je les avais quittés hier, les mots me sont venus et avec eux le sentiment d'être à ma place.

03 septembre 2010

Silence maman travaille !


Le truc quand on est en congés parental à plein temps , et qu'on a plein d'enfants et autant de fiches de renseignements à remplir pour la cantine, la garderie, la musique, les scouts, le sport, lécole, le dessin ( ne cochez rien, toutes les mentions sont utiles ), c'est qu'écrire,à la rubrique profession de la mère, " Enseignante en congé parental à temps plein", ça devient vite fatigant. Alors assez vite, on écrit "profession de la mère : sans" ou "au foyer". Ca embête les grands de Cm parce qu'ils ne peuvent plus crâner avec leur mère au collège , mais ça va plus vite. Et puis, on finit par s'en persuader . Profession , sans . Et si nous on n'y croit pas vraiment parce qu'au fond juste avant en congé parental, on SAIT qu'il y a toujours écrit enseignante, les enfants eux se chargent bien de nous le remettre en mémoire. Témoin leur indignation lorsqu'il s'agit de mettre son linge au sale, de le ranger ou juste de donner un coup de main pour le dîner . Ce n'est pas leur boulot. Qu'on se le dise. Le nôtre non plus sommes nous tentées d'ajouter. Mais bon faut bien que quelqu'un le fasse. Et puisqu'on a du temps. Et qu'on agit obéit plus vite et mieux ... Et si de surcroît, faire à leur place nous épargne un de ces accrochages dont ils ont le secret et qui nous usent tant les nerfs, on a vite fait de devenir mère au foyer à plein temps, voir super bobone Iche ...
Et puis un jour on reprend le boulot.
Et on essaye vainement d'aligner trois idées pour construire une sorte de séquence de cours . Et au Vingtcinqmillième "mamaaaaaaaaaan !" de la demie-heure qui vient de s'écouler, on réalise l'urgence qu'il y a à expliquer aux petits derniers qui ne nous connaissent que dans la version bobone Iche, aussi super soit-elle, ce que veut dire vraiment " maman reprend le travail", et quelles seront les conséquences sur la vie familiale.
Alors on s'asseoit, et on prend son avant dernier entre quatre zyeux pour lui expliquer. Comme on peut.
Ca donne à peu près ça :

Maman Pingouin , très lentement, détachant bien les syllabes - à force de tout répéter trente six fois, elle est persuadée que tous ses enfants sont profondément débiles - : Mon coeur, maman va reprendre le travail. tu sais ce que ça veut dire " le travail? "
Le mini, la coupant : mais maman , tu vas déjà travailler: le caté, les réunions, les courses, c'est ça ton travail.
Maman pingouin, patiente ( les enjeux sont importants !) : Non mon coeur, ça ce sont des activités. Le travail de maman, c'est d'être un professeur, tu vois comme une maîtresse mais pour les plus grands. Ca veut dire que je vais devoir préparer à la maison le travail que je vais donner à faire à mes élèves et aussi corriger le leur. Et pour cela il ne faudra pas me déranger tout le temps. Capite ? Grougnmpf.

A mot "maîtresse", la maman Pingouin a parfaitement perçu le geste de recul du mini et elle a récupéré de justesse le fils qui de saisissement a bien failli choir de ses genoux, et qui, là tout de suite maintenant, coule vers elle un regard horrifié . En même temps, quand on sait son amour de l'école, lui annoncer ça à une semaine de la rentrée, ça tient de la pure séance de torture psychologique!

Mais l'enfant est plein de ressources, et après quelques minutes de réflexion - quand même, ça l'a choqué cette nouvelle- il se rassure :" mais , Maman, quand tu es à la maison,tu es juste une maman, pas une maîtresse". Regard suppliant.

Silence de la maman qui s'avouant intérieurement vaincue, abandonne ses préps pour une partie de taciloloto.

01 septembre 2010

Alors cette rentrée?

Ben ... une question peut-on faire pire que neuf heures en six jours ???
On va trouver une solution.
Je pense.
J'espère.

Sinon, le reste?
Le lycée est loin mais les collègues m'ont paru sympa.
"Ma moitié " m'a pilotée dans l'établissement toute la journée sans se lasser de me voir partir systématiquement dans la mauvaise direction. Hum, elle doit se faire du souci pour la classe de seconde qu'elle va récupérer en mars ;-)



27 août 2010

Compte à rebours




C'est la rentrée. Enfin presque. Plus que 6 dodos pour les uns, 7 pour le collégien, et 5 pour moi.
J'avais presqu'oublié ce léger vertige qui s'empare des jours qui précèdent le Grand jour. L'odeur des cahiers neufs, les stylos affûtés, la trousse complète pas encore tachée d 'encre et le cahier de notes qui attend sagement le nom des élèves qu'il me faudra mémoriser en quelques heures.
Parce que depuis trois années, ils rentrent sans moi.
Cette année, j'avais choisi de laisser la nostalgie de septembre au mois d'Août et de faire ma rentrée en même temps que le bébé bonbon. Et puis on m'a laissée sans nouvelles nouvelles " à la disposition du recteur".
J'ai cru qu'on m'avait oubliée ...
Consciencieuse, ou peut-être à cause de ces crampes d'estomacs qui me taquinent depuis quelques jours, j'ai pris mon courage à deux mains et le téléphone, pour aller au devant des nouvelles qui ne venaient pas à moi.En quelques mots échangés avec la dame du secrétariat tout m'est revenu, l'impatience de la première rencontre, les idées et avec elles leur cortège de doutes, l'inquiètude surtout de ne plus savoir ...
Jeudi je fais ma rentrée au Lycée.
Pour 7 mois.

20 avril 2010

Dé méli-mélo

Alors, bon, les ceusses qui me fréquentent dans la vraie vie d'en ce moment savent que d'un certain point de vue je radote : "j'y vais" les jours pairs, "j'y vais pas" les jours impairs .


Et subissent patiemment l'argumentaire qui va avec.

Selon les heures jours , ca donne ça :


"C'est que, tu comprends, j'ai peur de m'ennuyer à la maison ou piiiiire de devenir une puuuuuure bobonne du genre tenancière de blog créa à mi-chemin entre la machine à coudre , la casserole et la couche géante . Trop trop classe ! A propos de classe, quand même, je les aimais bien bien mes prézados à casquette et gromots . Y avait aussi les copines, dire du mal à la cantoche toussa toussa. La vraie vie quoi ! Tiens, d'ailleurs dans la vraie vie, les gens pensent à leur retraite. La mienne, c'est dans cinq ans. Si j'y retourne, j'aurais au moins fini ça dans ma vie .



ou ça :



Pfff, même pas en rêve ! Déja que je m'en sors pas avec les enfants et la maison. Ajouter encore un truc? mais où ? Quand ? Et puis d'abord, je m'éclate à mort à la maison - ouais, ça serait plus convaincant si .... et franchement aller massacrer des générations de collégiens juste parce que je m'ennuie à la maison ou pour rester quelqu'un parceque blogueuse professionnelle, ça fait pas hyper sérieux. Quand même. Tu comprends. Et comment je vais gérer mon adoliboude après trente adolichiants?
Jo laprovok m'a tuer !
Nan, le boulot même pas en rêve ! Et puis franchement en dix ans, j'avais carrément fait le tour de la question. Les préps les copies toussa toussa. C'est plus de mon âge !



Alors ?


Et puis merde j'y vais .



Pour de vrai, on va dire que la demande de mut est faite. Et la demande de réintégration à mi-temps en bonne voie . Et que vue - si je puis dire- la totale absence de postes en lettres modernes cette année, et l'immense gratitude de mon ministère qui gomme mes dix longues années de ZEP -pardon APV - au prétexte que j'ai conscré trois malheureuses années de ma vie à essayer de faire en sorte qu'au moins cinq futurs collégiens ne soient pas totalement sauvages ... note, de ce point de vue là, ils ont peut-être bien raison, tenter de civiliser le bébé pingouin relève je pense de la plus pure utopie - et puis merde j'y vais , ca sera plus plus utile à la société ;-)




Donc je disais que vue la pénurie de postes vacants et de points à mon barème, je n'ai au trouducune chance d'obtenir quoique ce soit d'autre qu'un demi remplacement en LP au fin fond de l'Avesnois - j'ai rien contre l'avesnois, hein, c'est très beau, mais c'est looooooinnnn - . La dame du rectorat, qui est très gentille - la dame pas le rectorat - m'a dit que dans ce cas là je n'aurai qu'à demander une dispo pour enfant de moins de 7 ans, c'est de droit, ils ne peuvent pas me la refuser.




Croyez-moi les gens, je saurai m'en souvenir en temps voulu.


Alors? Bossera? Bossera pas?




What did you expect?


La photo?

Ben c'est au cas où je serai obligée de faire bloggeuse professionnelle: jolis lardons , zabits home made et gâteaux itou , fratrie unie ... Sur mon Cv, ça fera mieux que ça :


Parce que ça, c'est la louze grave assurée à la bob'ac.
Or, la professional bloggueuse ne louze PAS la bob'ac .

25 février 2009

Exposé


Vendredi le maître était en vacances absent , Grand et son copain d'école en ont profté pour achever leur exposé. J'en ai profté pour réviser mes bases de prof de CDI, traitement de texte, mise en scène . Certes, mon chantier en a un peu pati, mais la prochaine fois ils sauront parfaitement se débrouiller tout seuls.

Et ils étaient si fiers du résultat .
"La on s'est surpassés. Madame , elle va trouver que c'est hyper génial notre exposé. C'est le mieux de la classe. "

Modestes avec ça . En même temps je n'ai pas démenti , en toute objectivité ces enfants sont géniaux, il est normal qu'ils fassent des exposé géniaux !

Naturellement, il a fallu aller le monter à Madame à 16h30. LA pauvre, elle n'allait pas passer toutes ses vacances dans l'ignorance de ce chef d'oeuvre !


01 février 2008

Débat

Y a bien un sujet qui me titille ce matin . Mais bon c'est comment dire ... un peu casse-geule polémique ?
Or j'aime pas la bagarre.
Pourtant .
Mais, c'est que c'est tellement compliqué. D'un côté, on peut comprendre mais d'un autre on ne peut pas excuser. Et puis fatalement, chacun prêchera pour sa chapelle . Et ceux qui sont profs ET parents ne sauront pas trop quoi penser . Et quand je reçois, en général je me débrouille pour que chacun ait sa chaise, c'est plus confortable ;-). Et puis, bien sûr, il fallait que ce soit par ici que ca arrive ! Et que justement le prof il soit " dépendant à l'alcool" .
Grrrr
Mais n'en parlons pas .

Je vous propose un autre débat, bien plus essentiel à mon sens .
Pingouinette : Maman, quand tu feras les courses tu racheteras des bab*bels ! Pas de point d'interrogation, c'est un ordre . Mais avant que j'aie eu le temps de lever un sourcil, Moyen a déja ajouté : Ah, oui, des jaunes !!!! Bon, bon, à vos ordres mes chéris d'amour - il y a des soirs où je n'ai pas le courage de discuter sur la forme. Je sais c'est pô bien ... de toutes façons Grand ne m'en aurait pas laissé le temps : Ah non , pas des jaunes! Ils sont au fromage !!!

C'est toute la question du jour ... y-a-t-il du fromage dans les bab*bel? Et si oui, quel gôut?

Bertrand tu ne vois vraiment pas?