30 janvier 2015

Tout vient à point

On dirait bien que le papa des pingouins vient de garer la fin de nos soucis de voitures dans le garage....

28 janvier 2015

Ironie du sort

J'ai entendu à la radio ce matin que le 20 septembre prochain, la mairie de Paris se proposait d'organiser une journée sans voiture dans le cadre du plan de lutte contre la pollution .
La Providence est souvent pleine d'humour.
Nous ne manquerons pas de nous associer aux parisiens en mémoire de ce triste jour !!!

26 janvier 2015

Métiers d'avenir

Quand on a un fils aîné qui passe le code, c'est que pas loin derrière, il y a de grands collégiens . Et qui dit Grands collégiens, dit  " poursuite d'études après la troisième", "choix d'une filière", et tout une jungle de sigles comme STI2DA, ASSP, MEI, ST2S , SSI ou SSVT ... dans lesquels , même si t'es prof principale en troisième pour la millième année consécutive, t'es pas sûre de pas te tromper. 
En langage courant, ça se  dit  " orientation". 
Nous sommes à l'étape 1, et néanmoins cruciale,  du choix entre la filière pro et la filière GT ( si tu dis toutes les lettres, ça fait professionnelle ou  générale et technologique, et si tu traduis en français courant, ça fait bac pro ou bac général ? ) 
Et puisque chez nous la question ne se pose pas vraiment - la princesse part en chaudronnerie, what else - 
On ne peut pas s'en empêcher, avec le papa des Pingouins, on blague sur l'avenir des fils, et on assure nos vieux jours :  Celui-ci en maçonnerie, celui-là en mécanique auto,  un en plomberie et celui qui reste en ASSP option domicile, 

Au moment de se coucher,  l'intéressé qui n'a pas toujours les oreilles dans sa poche proteste:  
" Ah, non, moi je veux pas soigner les vieux pépés"
Il a chaussé des lunettes aux verres oranges et parle sans discontinuer dans une sorte de micro qui crachote avec un air qui me semble pour le moins mystérieux. Je lui demande quel est son nom de code d'agent secret. Il me répond indigné : "Mais enfin, je suis pas un agent secret, tu vois pas que je donne au gens des informations à la télé sur la météo, je suis un informatiseur de la météo. C'est ça  mon métier ". 


Celui qui réinvente les mots. 
Côme,  ça veut dire poète? 


21 janvier 2015

Le jour ou je me suis sentie soudain très vieille...

Ce n'est pas celui où j'ai aperçu mon premier cheveu blanc...
Ni celui où j'ai compris que je commence à radoter grave - à 13 ans je pense... Ou peut être même avant - 
Ni celui où j'ai commencé à réfléchir en terme de récupération avant de me coucher tard. 
Ni celui où les enfants ont demandé si de mon temps les billes/le téléphone /les frigos existaient. 
Non c'est précisément hier, quand j'ai reçu ce texto " C'est bon j'ai mon code" , et que " je" n'était pas un copain mais le lycéen. 
Celui la même qui est sorti de mon ventre hier. 
Ou avant hier! 



Quand il est né, on n'envoyait pas de textos. 

07 janvier 2015

Et maintenant ?

Oui, c'est un article de plus sur un sujet, qui n'apporte rien à la cause, je n'ai pas cette prétention. Mais si mes  mots seuls ne peuvent rien contre l'impensable, je crois fermement que c'est par eux,  tous ceux que nous prononçons , et ceux que nous nous refusons à prononcer, que nous pourrons commencer à faire changer les choses. 



Ce jour-là, je me suis levée avec en tête,  la promesse  de l' article original, intelligent, drôle  et bien écrit pour le soir. - Mes articles sont toujours drôles intelligents et bien écrits, tant qu'ils sont dans ma tête. -  Peut être pour vous souhaiter une bonne année, ou pour parler de toutes les non résolutions que je ne manquerais de ne pas prendre en 2015.
Et puis  j'avais  commencé la journée en écoutant France Inter.
Depuis la veille, j'étais agacée par la polémique suscitée par la sortie du roman de Houellebec, Soumissions. J'aurais voulu qu'on parle moins de politique et plus de littérature,  qu'on se rappelle Huysmans et qu'on oublie un peu Marine ... 
Et puis mercrethon oblige,  j'ai coupé la radio.
Si seulement j'avais su .

Ce n'est qu'en fin d'après midi que j'ai compris que l'impensable était arrivé.

Pas d'article ce soir là ni ceux qui suivirent.
Impossible.

Le lendemain j'aurais voulu raconter les collègues endeuillés, le silence en salle des profs, le discours bref mais percutant de notre chef qui nous encourageait à parler avec nos élèves et à les faire parler, les badges " je suis Charlie" au revers des vestes comme des sweats à capuche. J'aurais voulu raconter le silence dans l'escalier, le calme de mes élèves si turbulents habituellement, l'attention qu'ils ont portée à chacun de mes mots, leurs remarques sur ma tenue noire, l'engagement de F, musulmane qui a affirmé haut et clair que son Dieu a elle n'a jamais demandé de tuer, qui nous a demandé de le dire avec elle à la face du monde entier, l'émotion de A, athée qui a rappelé que quelque soit notre Dieu, nos origines, notre nationalité, nous sommes avant tout tous de la famille des Hommes, et que la tolérance et le respect devraient déterminer chacun de nos gestes.Volontairement j'aurais omis la voix discordante de B, et me serais concentrée sur le sourire de M, sur leur silence à tous, recueilli,  pendant cette minute qu'ils ont jugée trop courte. 
J'aurais voulu, mais jamais les mots que j'aurais pu écrire n'auraient su traduire ce que j'ai ressenti à ce moment là, ni la force de l'émotion qui m'a étreinte, ni la tristesse partagée et encore moins  la fierté aussi de les savoir si curieux de comprendre  et de les entendre si raisonnables,  eux dont on dit trop souvent qu'ils sont à la marge.

Jamais mes mots n'auraient été à la hauteur, alors je me suis tue. 

Je me suis tue et j'ai écouté sans fin les infos pour essayer de comprendre l'incompréhensible. J'ai lu aussi, tout ce que j'ai pu trouver pour essayer d'éclairer mon esprit obscurci par l'émotion. Et nous avons parlé, parlé sans fin, pour trier, pour comprendre, pour expliquer, pour refaire le monde aussi , un peu.  Peut-être ai-je cru, aussi un peu,  que tout cela allait finir par disparaître à force d'user le sujet.

Et il y a eu dimanche. Comme une parenthèse qui a fait taire les doutes.

Et il y a eu l'après dimanche, et le concert des voix discordantes qui rappellent à la réalité.

Aujourd'hui, je ne sais plus si j'ai peur ou si j'espère. Je n'ai pas les mots pour dire à la fois mon inquiétude et mon espérance : ma crainte de trop bien comprendre à quel point nous enseignants avons un rôle à jouer dans "l'après", et puis  mon enthousiasme et mon découragement  face à l'ampleur de la tâche à accomplir. Heureusement, d'autres, plus intelligents, plus raisonnables et plus savants  l'ont fait bien mieux que moi. 
J'ai décidé de ne pas céder au découragement, ni à l'enthousiasme qui s'essouffle.
Je veux juste ne pas oublier.
Et transmettre ce qui ne peut s'enseigner,  une certaine idée de la "ré-publique" et du " vivre ensemble". Promouvoir, par sa façon de vivre,  la tolérance, la paix et le service des autres, cela doit bien être possible non? 
C'est pourquoi j'ai décidé de ne plus négliger cette chance incroyable que j'ai de pouvoir m'informer librement, pour comprendre le monde qui m'entoure, exercer mon esprit critique et  ma  bienveillance.  Je ne lirai plus la presse en diagonale, mais  je prendrai le temps, celui de lire, et celui de réfléchir, pour pouvoir parler avec ceux qui me sont confiés et que ma parole soit juste.
Je chercherai plus encore, chaque fois que cela sera nécessaire, les gestes et les mots qui iront dans le sens de la paix plutôt que du conflit pour leur montrer combien il est plus doux de vivre en paix .



Et maintenant?
Eduquer pour apprendre à penser.

Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J’écris ton nom
Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom
Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J’écris ton nom
Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l’écho de mon enfance
J’écris ton nom
Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J’écris ton nom
Sur tous mes chiffons d’azur
Sur l’étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J’écris ton nom
Sur les champs sur l’horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J’écris ton nom
Sur chaque bouffée d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom
Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nom
Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J’écris ton nom
Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J’écris ton nom
Sur la lampe qui s’allume
Sur la lampe qui s’éteint
Sur mes maisons réunies
J’écris ton nom
Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J’écris ton nom
Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J’écris ton nom
Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J’écris ton nom
Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J’écris ton nom
Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J’écris ton nom
Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom
Sur l’absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom
Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom
Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté.
Paul Eluard, Au rendez-vous allemand, 1945, Les Editions de Minuit


PS :  Vous comprenez rien à mon charabia? Moi non plus  Allez lire chez Marie, elle est dans ma tête je pense. En tous cas, dans la sienne, les choses sont bien mieux rangées, et bien plus claires sur sa page.

PPS: Marie, c'est ma soeur.