21 janvier 2018

Ou cours-je ? Ou vais-je ... tout ça ...

Voilà, je viens de passer mon week-end à faire un truc super ( ou complètement stupide )  selon le point de vue adopté .
Super pour les partisanes du " T'es une MamanProfàPleinTempsetPleindEnfants " faut absooooooluuuuument que tu prennes soin de toi  Machérie". J'adore. Grmfff
Complètement stupide si on se place du point de vue de la montagne de trucs à faire qui sont toujourà faire à l'heure où j'écris ces lignes. 

Bref, une fois n'est pas coutume, j'ai zoné sur internet, mais pas n'importe lequel d'internet , hein, j'ai zoné sur mon propre Blog - dix ans d'archives, j'avais de quoi faire, faut dire. C'est un truc qui m'arrive quand je reviens par ici, c'est un peu comme si je redécouvrais à chaque fois notre propre histoire . C'est un peu ConCon, j'en conviens . Et  j'ai perdu quelques heures (euphémisme) ... Enfin perdu je ne sais pas, je me suis auto-admirée aussi un peu . C'est drôle de relire tous ces trucs dix ans après et de voir le chemin parcouru! Je me suis dit "Put'n ( oui je suis assez grossière dans la vraie vie) j'en faisais des trucs à l'époque ! Et  je trouvais même le temps de traîner mes guêtres sur le blog.  Vivre à 200 à l'heure et l'écrire ! J'ai frôlé ( mais juste frôlé, hein) la wondermum' ... enfin si je compare à aujourd'hui . "
Parce qu'aujourd'hui mes petits ont bien grandi, ils ne me prennent plus autant de temps - et refusent que je parle d'eux ici - et je travaille à deux minutes de la maison. D'ailleurs,  ici tout est à deux minutes en vélo... j'ai donc raccroché pas mal de casquettes :  les couches, le taxi, les histoires du soir, les câlins, la gestion de conflit,  les réveils nocturnes , tous ces trucs qui te prennent plein de temps quand les nains font encore moins d'un mètre.
Et pourtant je n'ai pas plus de temps.
J'en ai plutôt moins.
Alors que je m'ouvrais de ça au pingouin en chef, il a eu cette réponse admirable : "Ben c'était avant instabook et snapgram les résaux sociaux pourris où tu perds ton temps et tu mets des photos pourrites et pas de texte ".
Bêtement, j'ai répondu que publier un texte ici  me prenait au moins deux heures,  alors que ma photo moche sur insta me prend dix secondes.
"Ouais, que tu crois !  Il m'a répondu ... Ensuite tu checkes tous tes abonnements, tu jaimes et pis tout le reste ...  j'te jure, t'y passes plein de temps - là j'ai été un peu vexée, j'avoue , d'avoir été démasquée , parce que c'est même pas vrai. - Avec le blog, t'écrivais deux heures, une ou deux fois par semaine et puis basta ... Et puis  au moins il y avait du texte avec les photos, c'était du contenu, du vrai; on avait une trace de nous, et puis tes textes ils étaient intelligents et drôles (je ne sais plus très bien s'il a vraiment dit intelligents et drôles ) .
- Et bien écrits ? j'ai demandé . "
Il a dit " Oui, bien écrits aussi  ! Depuis le temps que je te le dis ! Tu m'écoutes jamais . "

Comme souvent, il a raison cet homme et  pour une fois, je crois que  je vais l'écouter un peu et quitte à zoner sur internet quand mon cerveau n'est plus bon à rien d'autre, autant venir par ici, et abandonner un peu le reste . Au moins je sauverai  quelques uns de mes neurones du massacre internétique. Et peut-être, s'il a vraiment raison, vais-je retrouver du temps ...

Là vous vous dites : Quoi ? ressuscitation du blog?
Mais en vrai, je suis comme ma toute petite nièce sur cette image : au bord de l'eau immense, et je vais marcher là où mon ballon me mènera .
On verra bien donc, si l'envie et le goût me reviennent assez pour que je trouve le temps .



18 janvier 2018

Charge mentale

Toute seule dans sa cuisine, elle hurle - SA  cuisine - Bien sûr, ils sont prêts à s'arracher les yeux pour la propriété d'une paire de chaussettes rayées bleue et blanc - ah non, blanc et bleu - Pardon. Mais  LA cuisine, personne ne la lui dispute.  C'est la sienne . Un point c'est tout. 
C'est sans doute pour ça que toute seule dans SA cuisine, elle hurle qu'elle en  a plus qu'assez que 19h30 soit justement l'heure du foot, des jeux, de la lecture, de l'ordi, parfois celle de la musique ou des devoirs; mais JAMAIS, non JAMAIS  celle de la douche, ni des services, ni celle du repas .  
Oui, c'est pour ça qu'elle  hurle. 
Elle  hurle qu'elle n'est pas leur bonne. 
Que si ça continue comme ça, ils verront bien, et qu'elle va vraiment la faire cette grève, et qu'ils mourront de faim, ou pire encore,  elle va se mettre à cuisiner des graines . Ca oui, il vont voir ce qu'ils vont voir . Cette fois ! Au début, comme toujours, ils écoutent d'une oreille, ça fait tellement longtemps qu'elle les menace du pire et que finalement les graines ils les mangent en salade ou parsemées sur les cookies du goûter. 
Mais ce soir là, ça dure , et puis elle hurle vraiment. 
Alors ils viennent. 
Pour ne plus l'entendre. 
Un peu coupables, mais surtout très énervés d'avoir été interrompus.
Et comme toujours, quand ils se sentent pris en défaut, ils sont désagréables. Et ils se mettent à compter . Il y a celui qui vide toujours le lave-vaisselle, celui qui a mis la table - il ne sait plus trop quand, mais il l'a fait c'est sûr ! Celle qui ne veut pas être l'esclave des autres car elle est la seule fille, Celui qui voudrait bien aider mais qui ne sait pas où ça se range...
Elle se renfrogne  encore plus et c'est le moment qu'Il choisit pour rappeler que les repas se doivent d'être pris dans la bonne humeur, et qu'il revient à chacun de  prendre sur elle lui pour faire de ce moment un temps de convivialité. Lui il rentre d'une journée fatigante et il a besoin de se ressourcer. On règlerait cela plus tard.
D'habitude, elle cède : il a raison, la colère se dissout toujours doucement dans les mets qu'elle a préparés,  et dans le babil joyeux  de ceux qui, une fois apaisés,  racontent leur journée, on oublie les cris,on oublie les comptes.
Mais ce soir elle ne peut pas. Le flot de la colère qui s'est déversé sur elle tout à l'heure n'a cessé de grossir.  A présent il la submerge, c'est une vague immense et elle suffoque, prise dans son tourbillon. Elle peine à retrouver la surface, alors elle crie de plus belle  pour ne pas se noyer.

Le job elle l'a fait.
Qui leur sert trois délicieux repas par jour?
Qui dépose, récupère, emmène, veille à l'heure?
Qui connaît les profs, le médecin, la directrice?
Qui sait où sont l'école, le lycée, le collège, le conservatoire, la salle de sport?
Qui connaît par coeur les horaires, la durée des trajets, la longueur des feux?
Qui orchestre jour après jour le ballet familial au soupir près sans jamais rien demander?
Sans jamais râler?
Sans jamais se plaindre?
Sans fausse note? 

QUI ??????

Elle crie tellement fort à présent  qu'ils se bouchent les oreilles pour ne plus l'entendre.
Furieuse, elle s'approche du plus jeune et tend la main pour l'obliger à entendre ses doléances juqu'à la lie. Terrorrisé par cette maman qu'il ne reconnaît plus, il se protège le visage de ses bras.
Ce simple geste ouvre une brèche dans la forteresse de sa fureur , et elle sent une brise légère dans les ténèbres de sa tempête intérieure, comme un signe, infime. Mais elle le reconnaît ce fil doré , c'est celui qui aide à quitter le labyrinthe.
Elle s'y accroche.
Elle regarde la terreur et l'incompréhension dans les yeux de son tout petit.
Elle lit la même interrogation sur les visages des grands ...
Elle les a tellement menacés de qui pourrait arriver le JourDeLaGrandeCrise .
Ils croient peut-etre que c'est aujourd'hui.
Qu'elle est folle. 
Elle s'accroche au fil. 
Sa colère peu à peu cède à la culpabilité d'avoir laissé paraître ainsi sa lassitude et sa frustration, de s' y être laissée aller, de s'être écoutée.

Ce n'est que quelques semaines plus tard qu'elle reviendra sur cet évènement qui lui a laissé dans le coeur comme un petit trou. Elle le sait car depuis elle peine à reprendre son souffle.
Ce n'est que quelques semaines plus tard qu'elle décidera de commencer chaque journée par se reposer. Une demie heure. Un moment de vide qu'elle s'offre, assise sur sa petite chaise, dans la fraîcheur de la maison encore endormie au petit matin.  Et pendant qu' elle laisse son esprit vagabonder à sa guise, il lui semble que la journée s'organise d'elle même, que le temps se dilate à la mesure de ce dont elle a besoin désormais pour reprendre son souffle et bien démarrer la journée.



 Il va de soi que ce texte est une pure fiction  - universelle la fiction - et que toute ressemblance avec des personnes connues serait purement fortuite. D'ailleurs, tout le monde sait bien que sur la banquise les enfants mangent à la cantine, et que le soir, ils sont tout disposés à rendre service à leurs parents adorés .
Bon d'accord,  à " sans râler" , " sans se plaindre" vous saviez déja que ce ne pouvait être de moi dont il était question.
C'est vrai.
Et puis d'abord, je ne parle pas encore de moi à la troisième personne - ça viendra peut-être.

J'avais écrit ce texte il y a très longtemps, je ne sais plus très bien pourquoi, et je l'ai retrouvé il y a quelques jours. Je me suis dit alors que si ma vie avait peut-être ressemblé à ça un jour, ce temps était révolu , et que j'avais bien de la chance. Non que nos enfants soient désormais  toujours Gentils, Polis, Serviables, mais j'ai je crois de meilleures lunettes , et je sais à présent qu'un jour tous les poussins auront quitté le nid et qu'alors je regretterai les soirs où, dans la bousculade, il m'aura fallu préparer seule, un repas pour 6 ou 7 tandis que la marmaille profitait d'une pause canap' bien mérité après une harrassante journée de collège ... Je le regrettrai, ou pas . Je n'ai jamais regretté le temps des couches et des nuits hachées et des enfants qu'il faut habiller le matin. Même si j'ai adoré cette période, en vrai.

Pour 2018 , je vous souhaite de prendre le temps dont vous avez besoin pour changer vos lunettes, et choisir celles qui orientent le regard vers ce qui est beau et bon.

17 janvier 2018

La roue tourne

La roue tourne et entre ses rayons se glisse le petit ton doux amer qu'on a quand il nous semble que  la Vie enfin, nous fait justice. La roue tourne pour les autres, et enfin, la chance semble les déserter . La roue tourne, et peut-être que maintenant c'est à moi que la Vie va sourire ?

La roue tourne sur la banquise et je n'ai aucune raison de glisser de tels sous entendus.
La Vie va et nous nous efforçons de suivre son rythme, à moins que ce ne soit elle qui s'essouffle à tenter de nous suivre.

La roue tourne sur la banquise et elle nous emporte dans sa course lente mais inexorable. Fatalement, tout en haut, j'ai le vertige et je crie pour qu'on s'arrête.  Mais pas là. Pas suspendus entre le ciel et la terre. Non on s'arrêtera tout à l'heure, en bas.

Et puis voilà, on est tout à l'heure, en bas .
La roue a ralenti sa course folle, la terre s'est rappochée du ciel et le vertige m'a délaissée. J'ai oublié ma peur et je me laisse emporter de nouveau vers le ciel.
Tout à l'heure, la distance à parcourir entre mes  rêves de WonderBobonne et ma vraie vie de MamanProf me paraîtra infranchissable et je voudrai que tout s'arrête. Je crierai de nouveau, et je voudrai redescendre.
La roue tourne sur la banquise.
On va, on vient et on oublie parfois qu'on peut descendre quand la roue ralentit et qu'il nous semble que  le ciel et la terre peuvent se rejoindre.

On est tout à l'heure, en bas. Et cette fois je suis descendue en marche .
Et je vois .
Les miettes de pain de ce matin sur la table.
Et pourtant le souvenir du Ciel me garde de m'emporter.
Et j'entends.  
Les frères qui se disputent pour des queues de cerise, ou moins encore.
Mais le souvenir du Ciel me garde d'en conclure que c'est une stratégie pour se replier dans sa tour à l'heure des services.
Je ressens.
La lassitude de celui qui au terme d'une longue journée sans pause se souvient, et ne cède pas à la flemme du petit qui négocie âprement sa leçon de clarinette, préférant remettre à plus tard ce qu'il doit faire maintenant.
Dans les replis du quotidien, je devine l'Ennemi sournois qui rôde, le Découragement .
Pourtant,  TOUJOURS  et JAMAIS ne seront pas prononcés. Pas ce soir
Nos visages ne se fermeront pas et  peut-être même arriverons nous à sourire de la Vie qui va. ici comme partout ailleurs .
Nous remonterons dans la grande roue plus sereins de ces orages évités et près pour toucher le ciel avec nos doigts en criant un peu parceque ça fait peur quand même si on regarde en bas quand on est au sommet de la course.