26 avril 2015

Révisions

Mercredi, une fois n'est pas coutume,  j'avais quelques deux heures  à tuer entre l'examen de solfège et celui de Clarinette ... A la vérité, j'avais surtout une flemme monstrueuse , et aucun courage pour faire les quatre allers-retours, j'ai donc imposé à ma tribu de rester sur place en attendant l'examen au lieu de rentrer se prélasser à la maison pendant que je repartirais avec le seul pingouin concerné par l'examen. Faire attendre trois personnes pendant deux heures, pour en écouter une seule pendant cinq minutes, par flemme. Je sais c'est mal. 
Pour me racheter une conscience, j'avais décidé que la médiathèque serait le théâtre de notre attente, je ne croyais pas si bien dire. 
Pour une fois ce ne sont pas mes Pingouins qui ont fait le spectacle.  Ils se sont , comme toujours à la bibli , très bien tenus : roulés en boule sur les fauteuils, les genoux dans le tee-shirt, les souliers sur l'assise du siège, et une pile de livres posés à côté d'eux, ils sont restés plongés dans leur lecture jusqu'à l"heure de partir. 

En fait de théâtre, c'est moi qui ait assisté à un sketche parfait. Ayant quelques copies à corriger, j'avais emporté mon cartable et avais envisagé d'y employer ces deux heures. Ce qui me paraissait raisonnable pour une toute petite interro de lecture. C'était sans compter sur les deux lycéennes qui me faisaient face. 
Je n'ai pas vraiment réussi à comprendre pourquoi elles étaient venues ... Réviser le bac je crois. 
Enfin, l'une tenait un cahier avec des tas de formules compliquées et semblait décidée à écrire des choses dans un petit classeur vert. Elle disait des mots comme Kant, Raison, liberté ... Je n'ai pas bien compris si elle révisait les maths ou  la philo. En tous cas elle semblait avoir remarqué que les philosophes sont souvent de grands mathématiciens. 
Sa voisine quant à elle se demandait qui était Maozédongue, elle n'était plus très sûre ... Chinois ou japonais? Il avait, fait des trucs bien, bon, elle ne savait plus trop quoi, mais c'était bien, elle en était sûre. Ah, ouais, il avait créé la République Populaire de Chine. Finalement,  elle savait bien qu'il avait créé un truc, les mecs qui créent des trucs en général, c'est des mecs bien. 
Ensuite, elles ont mangé une banane, et la dame de la bibliothèque leur a fait signe avec la main de ranger leurs bananes. 
Et puis elles ont décidé de faire un sujet de philo. La copine de Maozédongue qui était en L a entrepris d'expliquer à sa voisine qui était en S en quoi consistait le commentaire de texte : "C'est vachement dur, le prends pas, y a tout le monde qui se plante. Tiens regarde celui-là. Attends. non mais ça veut dire quoi ça ? C'est qui qu'a écrit ce truc? Kant? J l'aime pas lui, c'est mort. Attends, on en cherche un autre. Au fait toi l'espagnol c'est coef combien? Tu veux que je te fasse réviser? 
Allez on fait ce sujet. Montre voir ton cahier.  Han ! T'as que ça comme cours ? Ben laisse tomber c'est mort . T'as trop de lacunes, j'peux pas t'esspliquer. T'as qui en Espagnol? C'est mort, j t'e dis, c'est mort."
Ensuite, la scientifique a essayé de relire ses fiches, mais elle ne savait plus très bien où elle en était. 
Alors elles ont repris un sujet de philo. Mais l'auteur du texte à commenter, Freud, les a assez rapidement saoulées. Elles ont nexté. Pour se concentrer sur les maths. Jusqu'à ce que mademoiselle L, se souvienne qu'elle ne faisait plus de maths depuis deux ans, étant donné que cette épreuve ne fait pas partie de son cursus. 

Pour finir elles ont admiré les enfants qui lisaient, trop mignons, et se sont perdues en conjectures sur le nombre de leurs futurs enfants et les heures qu'elles envisageaient de passer en bibliothèque avec eux. Là je crois qu'elles étaient à fonds dans les probas. 

En même temps, à ma gauche, se jouait un ballet à peu près identique entre deux élèves de première qui essayaient de comprendre l'expression " descriptif pour le bac ". Et de l'autre côté trois garçons qui gloussaient comme des dindes ( oui, les dindes ça glousse)  en révisant l'histoire-géo ... 

Si je n'ai pas beaucoup avancé mes préparations, j'ai tout même réussi à corriger un paquet de copies, et surtout mené une étude anthropologique et sociologique  approfondie sur la fréquentation de la bibli le mercredi après-midi au mois d'avril.  
Ca sent le bac blanc. 
Mauvaise que je suis, je n'ai pu m'empêcher de penser que c'était pas gagné cette histoire  ... et puis j'ai compris tout à coup qu'en fait, elles avaient vraiment bien bossé ces deux là . Elle n'avaient sorti le portable que deux fois en deux heures ... 
Elles étaient à fond. Du moins est-ce ainsi qu'elles se sont auto-congratulées, en se levant pour partir vers 16H30.

Sur le coup j'ai pensé que leurs maman devaient être bien fières d'avoir des filles si sérieuses qui passent leurs mercredis après midi à la bibliothèque. Si elles savaient....

Et puis quand je suis rentrée à la maison et que j'ai raconté le spectacle auquel j'avais assisté , Jeanne a dit : " Ben normal quoi ! On fait exactement pareil nous. Le truc c'est que si t'as deux heures tu papotes pendant 1h45 et tu boucles le truc en 15 minutes à la fin "

Alors finalement, elles m'ont bien divertie, mais cela me rend  un peu triste : Elles étaient vraiment de bonne volonté, mais sans aucune volonté justement. 
La persévérance, n'est pas une vertu que nous savons enseigner. 



4 commentaires:

Alphonsine a dit…

Tu me fais rire... et je repense à la conversation d'aujourd'hui : un étudiant me dit :
- comment, tu veux tout réussir en juin ?
- En tout cas, je présente toutes les matières. Toi pas ?
- Non, je partage avec septembre.
- Moi cet été, je veux travailler pour l'année prochaine.
- Mais comment tu fais avec ta famille ?
- Je travaille, c'est tout.
- ???
Nous ne sommes vraiment pas de la même génération !

Au petit bonheur a dit…

Ou comment croire qu'on met la même idée derrière le même mot. Alors que non. Chacun voit midi à sa porte.

marraine flamande a dit…

Bon anniversaire à Martin!

so a dit…

@alphonsine : comment tu fais ? c'est une sacrée question ... on me la pose souvent aussi et j'ai le meme genre de réponse: je fais. C'est tout.
@haha, c'est ça, l'idée globale est celle du travail et de la contrainte ... sauf que nous n'avons pas la même échelle de mesure .
@hilde : merci pour lui.