Jour après jour, nous avons signé dans son carnet, presque sans maudire, mais pas sans mot dire , les différentes observations de ces dernières semaines, écoutant d'une oreille distraite les arguments parfois tordus souvent de mauvaise foi , qui le font plaider coupable mais pas responsable. Il est toujours un camarade pour commencer le jeu stupide qui le conduira fatalement à la faute, puis à la sanction , un autre pour surenchérir à la plaisanterie qui deviendra immanquablement une insulte dont l'affront ne pourra être lavé qu'aux mains ...
Ce n'est pas toujours lui qui commence, mais il n'y est jamais pour rien . Du moins ne s'en est-il jamais caché. Sans doute a-t-il toujours cherché à minimiser sa participation aux délits qui lui ont valu tant de remarques ces derniers temps, mais jamais il n'a nié la part prise , ni contesté la sanction, estimant sans doute comme nous qu'elle était méritée. Tout autant que celle qui s'en suivait à la maison.
D'observations en avertissements, il a gagné une journée de mise à pied, pour réfléchir à son comportement actuel, en recopiant le règlement intérieur du collège.
Nous pensions qu'il avait compris, qu'il allait se calmer, réfléchir avant de poursuivre comme des papillons les idées de sottise et les propos moqueurs qui lui traversent la tête. Il nous l'avait promis. Et en le voyant relire pour la dixième fois le papier qui rappelait les quelques règles de conduite à tenir dans les musées parisiens, choisir avec soin ses vêtements, parcequ'il ne fallait pas tout de même paraître pouilleux quand on fait une sortie scolaire, délaisser les chips pour un paquet de biscuits salés qu'il ne risquerait pas d'écraser ni de renverser sur ses vêtements, nous avons eu la certitude qu'il tiendrait parole. Et qu'à défaut de réussir , il allait vraiment essayer de faire de son mieux.
Il est parti joyeux, et moi confiante.
Quand il est descendu du bus, j'ai vu à la courbure de ses épaules que quelque chose n'avait pas été. Son professeur paraissait vraiment très énervée, et en lui réclamant le compte rendu qu'il lui a tendu sans protester, elle lui a promis un quatrième avertissement pour comportement inadmissible en sortie scolaire.
Les reproches se sont bousculés dans ma bouche avant même le bonsoir qu'il aurait pu attendre en cette fin de journée. Au lieu de baisser les épaules et le regard comme il sait le faire, attendant que l'orage qu'il sait avoir mérité ne passe, mon collégien a fondu en larmes, devant tous ses copains, et secoué de gros sanglots m'a juré que ce n'était pas lui, que cette fois-ci , il n'y était pour rien, qu'il connaissait les règles et savait parfaitement se tenir dans un musée. J'ai reconnu dans sa voix, dans les frissons qui secouaient ses épaules, la rage qui le saisit quand il se sait victime d'une injustice et qui peut le conduire à détruire même ce à quoi il tient le plus. Il y avait du monde autour de nous. Il s'est contrôlé, les larmes ont redoublé , sa vois s'est faite plus perçante, et une fois encore il affirmé que ce n'était pas lui. Son professeur était trop énervée pour me donner plus d'explication, elle l'avait vu disait-elle, il avait été infernal. Nous avons quitté la place précipitamment, accompagnés du sourire moqueur de ceux qui avaient vu leur camarade flancher sous la semonce maternelle.
Les larmes ont duré bien après le dîner. Il a convenu qu'il n'aurait pas du secouer ses mains au-dessus du lavabo pour les sécher parce que ça avait mouillé son camarade qui avait riposté en doublant la mise. Au moment où le professeur était entré dans les toilettes. Elle l'avait trouvé trempé et en avait conclu qu'il avait joué à s'arroser tout seul. Il faisait douze degrés.
D'un certain point de vue, ce quatrième avertissement, qui est aussi celui qui conduit en conseil de discipline est-il mérité.
Sauf qu'à l'heure actuelle, le carnet de correspondance de notre Collégien ainsi que sa note de comportement n'ont rien à envier à ceux de JoLaprovok. Et pourtant nous savons que ces deux enfants n'ont en commun que le seul fait de ne pas entrer dans le moule, l'un sans doute à cause de son manque absolu de repères, l'autre parce que les siens sont juste différents. Alors demain j'irai au collège pour comprendre enfin comment cet enfant qui n'est, nous assure-t-on, pas un délinquant en est arrivé là.
Je n'aime pas demander des comptes, encore moins contester une sanction posée par les collègues, nous connaissons notre collégien et savons de quoi il est capable. Mais c'est aussi parce que nous le connaissons que nous savons que ses protestations n'avaient rien d'une mise en scène hypocrite.
Ps: Cécile, en UDP ? ;-)
Edit : Le quatrième avertissement n'a pas été donné. Il ne participera plus à aucune sortie scolaire, et doit à chaque heure de cours, pour les quinze jours à venir, présenter sa fiche de suivi afin que les professeurs y consignent heure après heure les détails de son comportement. Il a rédigé son contrat lui-même : " je m'engage à ne plus perturber les cours en bavardant et en jetant des projectiles".
Ps: Cécile, en UDP ? ;-)
Edit : Le quatrième avertissement n'a pas été donné. Il ne participera plus à aucune sortie scolaire, et doit à chaque heure de cours, pour les quinze jours à venir, présenter sa fiche de suivi afin que les professeurs y consignent heure après heure les détails de son comportement. Il a rédigé son contrat lui-même : " je m'engage à ne plus perturber les cours en bavardant et en jetant des projectiles".

3 commentaires:
Oui, ma chère Solange, en Union de Putainfaitchier !
figure-toi que ton texte qui est le reflet de ton présent me mène un tout petit pas en arrière, juste un an..; Il a suffi de juste quelques mois pour que mon "c'est pas moi, j'ai pas fait exprès" ne fasse plus parler de lui... Non pas qu'il se soit calmé mais vois-tu les autres font bien pire que de s'arroser dans les toilettes... Alors, il a le bénéfice secondaire de passer pour un gentil garçon encore frais, un peu puéril mais tellement charmant...
Evidemment, vu par ma fenêtre, les bêtises de Martin n'en sont pas, ou juste de blague de jeune potache (que je serais cap de faire à 40 ans...). Mérite-t-il le conseil de discipline ? ce n'est pas à moi de le dire mais je trouve cela démesuré. Il paye sans aucun doute la répétition des mises en garde, comme un certain sbire de chez nous...
Quant à toi, ma chère Solange, sache que je compatis au-delà de ce que tu peux imaginer. Il faut du courage pour ne pas baisser les bras, pour continuer de dire toujours les mêmes choses tout en écoutant, pour chercher ce qui est vrai et ce qui est faux pour éviter la partialité et l'injustice...
C'est usant, désespérant... et j'ose te dire : surtout, ne culpabilise pas ! ;)
Je t'embrasse
Merci Cécile. Vraiment. ... Tu as raison sur toute la ligne : les blagues de gamin, ce que les profs s'accordent aussi à dire, mais bon, "le barème c'est le barème, madame". Usant, c'est le mot, d'ailleurs dans le nord les mamans ne disent pas je suis fatiguée, mais je suis "usée" Quant à la culpabilité, on est bien d'accord !
Ca doit te changer d'entendre de l'école que ton fils est tellement charmant - parce que nous qui ne l'avons ni en classe ni à la maison, on le sait bien qu'il est charmant- ... A défaut de te réconforter.
Allez, on va se motiver, ils grandissent, ils grandissent.
Marrant, le garçon dont tu parles je l'ai emmené au musée moi aussi, avec quelques autres et il a été parfait: gentil, serviable, attentif, interessé et recardant ses petits frères et/ou cousins.
Comme quoi, il sait faire. C'est ce qui compte, non?
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