13 mai 2008

Bonne Maman

Chère Bonne-Maman,
Je sais bien que toi et moi on n'a plus vaiment besoin de mots pour se dire l'essentiel, pourtant, je voudrais juste te dire quelques trucs. Parce que, tu comprends, je ne suis pas triste que tu sois morte, mais si je ne peux même pas t'écrire, je serai encore plus triste.

Jeudi 1 MAI
J'ai ce texte coincé dans les rouages depuis trois semaines. Ca tricote dans ma tête cette histoire de fils.
Alors que le soleil se couche, je vois tes mains qui se crispent sur ton drap blanc, se cramponnent aux barreaux de ton lit saisissent enfin celles de tes filles pour ne les lâcher qu'au petit jour.
Au matin ton index se dresse, péremtpoire. Qu'as-tu lu dans mes pensées que tu approuves? Contre quoi me mets-tu en garde? Tes mains vont et viennent sur les draps semblant décompter les convives, puis donner une liste de consignes à Anita. Frites ou tortillas?
A présent tu sembles nouer un fil, passer une aiguille au travers d'une toile imaginaire. Quelle merveille es-tu en train de nous broder? Est-ce ta vie que tu tricotes ainsi ?
Tu attends la fin avec impatience et pourtant en toi tout se bat. Tu négocies encore quelques heures, quelques jours pour te préparer et pourtant tu attends .
Et ce matin le téléphone sonne.
Il est huit heures à peine.
Au fond de moi je sais.
Le jeudi de l'ascension est un jour idéal pour monter au ciel. C'est tout toi ça.
Et pourtant la voix de Maman semble me prendre par surprise. J'ai beau savoir, dans mon coeur de petite fille tu es immortelle.
Les enfants ont compris. Immédiatement . On ne jouera plus jamais au poung avec elle. Ils sont tristes aussi.
Et cette histoire de fils me revient. Je me rappelle que tu me disais que dans ta vie de femme et de mère tes ouvrages étaient en quelque sorte ta littérature à toi. Que tout le reste était voué à être mangé, sali, froissé, défait. Ephémère. Et répétitif. Ca au moins ça allait rester. Et c'était beau. Et unique. Tableaux, pulls, robes, pochettes à serviette, chaussons, couvertures et même ... culottes. Chacun de nous possède un petit assemblage de fils que tu lui as laissé en héritage, témoin de l'amour que tu lui portais.
Tu n'es plus mais ces fils me relient à toi. Au dela du simple souvenir. Ils sont toi, vivante encore d'une tout autre vie.
C'est à cause de cette certitude sans doute que je ne pleure pas.
Mardi 15 MAI
Vivante encore. Et si présente.
Il y a tant de mercis que je voudrais te dire encore et encore.
Du fond du coeur. Mais les mots ne sont plus nécéssaires. Maintenant tu sais.

8 commentaires:

marraine flamande a dit…

je n'ai que des bons souvenirs de Jacqueline et son rire je n'oublie jamais.
Le poung... je me rappelle qu'on jouait ça mais il me faut une leçon de mémoire pour les règles, le même que pour la crapette.
le rummi japonais par contre, je connais toujours!

Anonyme a dit…

Jeanne se fera une joie de te faire réviser le poung a la première occasion!
Thomas et Jean n'ont pas eu le temps de l'apprendre directement de leur arrière poungueuse mais nous assurerons la transmission.

Anonyme a dit…

Glups...

M-C et V. a dit…

A marraine flamande : je t'ai écrit un mail pour avoir l'adresse de Geert. Est-ce que tu l'as reçu ?
ou bien tu ne connais pas l'adresse de ton frère ???

so a dit…

@ Marraine flamande : PAs de pb pour la leçon, même Eloi sait jouer !

@ colo : de belles parties en perspective cet été ;-)

@marie : ...

@ maman : coucou

Anonyme a dit…

pardonne-moi, So, j'ai sauté un peu vite aux commentaires, me raccrochant à notre très chère marraine flamande.
Je ne sais pas si ça vient de mon ordi ou quoi, mais après trois mots, l'écran est devenu tout flou, autant dire, illisible...
Quelques mouchoirs plus tard, je peux enfin te dire MERCI pour ces mots offerts !

Anonyme a dit…

@ maman : t'inquiète pas ... mais je suis triste, je ne voulais pas te faire pleurer encore plus !

Anonyme a dit…

Quel beau texte pour une grand-maman, forcément maman, qui semble avoir été celle dont on rêve tous.